55 jours après, se surprendre à être encore vivante, et s'interroger toujours autant sur "le pourquoi du comment" et sur le non-sens de l'existence. Ne pas arriver à s'extirper de cette tristesse sans fond, et de ce cauchemar sans fin qui reprend vie chaque matin. Se dire que nous n'avons jamais été séparés plus de 6 jours d'affilée et que "la mauvaise blague a beaucoup trop duré" ! S'entendre répeter à l'infini, qu'il va falloir tenir et encore tenir, parce qu'il y a d'autres raisons de vivre et que la plus belle, est le sourire d'Alixe. Injonction vaine à la vie qui vous enferme dans un terrible sentiment de détresse, de culpabilité et d'injustice : "Oh, mère indigne que je suis, qui ne sais plus s'occuper de sa fille!" 55 jours après, réaliser, que je n'ai décidément pas les épaules assez larges pour encaisser tout çà ! Se sentir comme une petite fille orpheline à qui il faudrait (ré)apprendre à vivre et oublier que je suis la mère de cette petite fille orpheline qui n'a plus son papa chéri, pour lui apprendre la vie ---> Angoisse × 1000. 55 jours après, crier toujours à l'injustice: " Mais pourquoi nous? pourquoi lui?". Faire fi des formulations toute faites, empreintes de maladresse : Sois forte! ( mais je n'ai pas le choix!), la vie continue (parle pour toi!), Pffff, quelle vie de M****  (tu veux vivre la mienne?), "Surtout, n'en parlons pas!" (mais je n'aspire qu'à ça!), "Je n'ose imaginer ce que c'est qu'être toi ! (Moi non plus, je n'imagine même pas!), Dis-toi qu'il n'aimerait pas te voir dans cet état" (évidemment qu'il n'aimerait pas!), et le pire du pire, "Tu es jeune, tu referas ta vie!" (là, j'suis à 2  doigts de te coller un coup de boule à la Nin!). Réaliser finalement que seuls ceux qui sont passés par là, sont en mesure de savoir. La force de ce chagrin qui emporte tout sur son passage, étant incommensurable et inimaginable55  jours après, s'excuser d'en vouloir autant au monde entier. S'étonner carrément que la terre puisse encore tourner. Comprendre cruellement que nous appartenons désormais "au cercle fermé des malheureux initiés". Se sentir déja vieille et étrangement solidaire des petites mémés du quartier qui traînent leur solitude comme un boulet, et compatir en pensée "Je sais maintenant, quelle épreuve vous avez endurée!" 55 jours après, réaliser douloureusement qu'on commence à oublier le son de sa voix. Se sentir amputée d'une grande partie de soi. 55 jours jours après, lire et relire les mots de Fauré : "La spirale infernale ne fait que commencer. La douleur ne s'arrêtant pas au seuil de la première année". N'emprunter plus qu'un seul chemin de croix, celui du "Demain, dés l'aube, à l'heure où blanchi la campagne, je partirais, vois-tu, je sais que tu m'attends". Ne plus s'étonner d'avoir autant aimé " les contemplations" pendant l'adolescence, comme si j'avais déja eu le sale pressentiment qu'à 35 ans, ce livre me parlerait autant. 55 jours après, "avoir peur d'oublier, avoir peur d'accepter, avoir peur des vivants". Ne trouver l'apaisement que dans le recueillement. Se raccrocher à ses rêves, y chercher des signes, et n'avoir pour seul refuge que son lit, "son nouveau nid" (dixit J.C Oates, "j'ai réussi à rester en vie"). Ne rechercher la compagnie que de ceux que cette chienne de vie a meurtri pour se sentir " tout simplement" comprise. Au milieu de la foule même amie, étouffer d'angoisse, et chercher un échappatoire, un recoin silencieux, pour y cacher ses larmes. Ne plus sortir sans ses lunettes noires, accessoire indispensable, voir vitale, même sous un ciel maussade. Tenir difficilement une conversation futile pendant une demi-heure maxi, puis regarder dans le vide. Se forcer à sourire, ne plus arriver à rire, essayer quand même de se faire jolie (mais pour qui?), puis revenir au souvenir de son bel endormi, aussi triste et anéantie. Prendre un demi somni. Et s'accorder quelques heures de répit jusqu'a quatre heures et demi. 55 jours après, se dire que l'on ne pourra plus jamais écouter ni Chopin ni Satie. Ne supporter finalement plus aucune musique. Redouter les dimanches matin et le 22 de chaque mois, chiffre maudit. Craindre également les dates anniversaire, et les jours de fêtes. Se sentir comme dans une bulle de souffrance qui vous isole du monde extérieur, des rires et de la vie. Eviter d'envisager l'avenir, au risque de partir en vrille et reprendre un Lexomil. Considérer cruellement que tout est à reconstruire... sans lui. Sur ce grand champ de ruine. Dans cette souffrance infinie et cette solitude ultime.  

Vertige... 

17 avril 2015.

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Ton coeur retrouvé, toujours là gravé... 

"C'est lorsqu'on croit avoir tout perdu, que le souvenir vous revient du bonheur passé et que vous comprenez parfois dans un sursaut, l'importance de ce qui vous a échappé".